[Infos] Projet Cabaret Spectacle

Les nombreux danseurs, danseuses, jeunes ou moins jeunes, tous rencontrés durant mes 25 ans de ‘’chorégraphe linéaire'(*), sont venus approfondir plus et plus les relations avec son corps, l’espace, le rythme, la musique, l’énergie, l’alignement du mouvement , la gestion de son image, la compréhension de ses messages, l’image et la communication sans les paroles, les attitudes, les postures, les intentions. Moulin Rouge B&W

Mouvements, théâtre du corps, rythmes, musiques, émotions, danses : Art du Mouvement, Art de la chorégraphie, Art de se mettre en scène, mais pas seulement.

Parmi les danseuses du Studio, un collectif s’est créé, autour d’un petit groupe qui signe déjà une vraie expérience de la scène, je les présenterai comme des passionnées de vivre !

Vivre sensoriellement la danse et le mouvement sous ses multiples notions : le plaisir, celui de l’échange, de la Communication, la richesse de l’imaginaire, un espace de créativité, la place et le rôle de l’artiste sur la scène, tout autant que le temps des préparations des spectacles…

Avec ce collectif, nous avançons, ciblant une recherche sans rêverie, sans  »bling-bling’‘, sur le piquant univers léger de l’Histoire du Cabaret : Parisien par excellence.

 

Nous nous sommes interrogées d’abord de façon claire sur les périodes, les charnières, qui ont articulé le grand Boum du Music-hall. Grâce à un beau travail de synthèse sous forme d’une frise illustrée dont Laurence dans notre collectif est l’auteur. Parallèlement comprendre aussi la place de la femme dans cette fin 19ème, début 20ème, avec les guerres, la femme selon les couches de la société, la femme de pouvoir, la femme de charme, ou celle qu’on ne voit pas, qui n’est rien qu’une  »pov’Fille des rues de la Butte ».

Frise Quelques éléments de l'Histoire du Cabaret

« Il était important pour chacune d’entre nous de se plonger dans l’histoire de cette période artistique afin de mieux cerner les éléments qui en sont à l’origine, le vécu des femmes de cette époque et ainsi donner un réel sens à notre projet. En effet, la danse n’est pas seulement une reproduction de mouvements codifiés, il faut pouvoir les sentir, les ressentir, les comprendre, afin de donner une intention et du sens au geste, afin de susciter des émotions chez le spectateur. » (Laurence).

Mes premières études allant vers l’histoire de l’art, la sociologie de l’art, tous les phénomènes de société génèrent toujours un impact sur les sensibilités, influencent les expressions artistiques, les goûts les attentes le tissage des comportements.

Il me parle ce Temps-là, qui annonce de grands changements :

Au final, la Danseuse de Cancan qui soulève ses jupes, ne découvre pas simplement provocatrice, avec chahut ses cuisses, mais soulève toutes ces questions.

La Belle Epoque…les Années Folles : belles et folles les nuits du Moulin et autres rues Mouffetard.

Être en spectacle, se « mettre en spectacle », l’art de solliciter, capter les regards, sortir de l’anonymat de la foule. 

Danser pour soi, son plaisir d’abord, pousser ses résistances, ses limites, ensuite se confronter au public, en amateur, ou en compagnie, se découvrir.

Ou back stage, chorégraphe, professeur, formation artistique à transmettre, je me suis posée toutes les questions, celles que tous peuvent se poser, amateur pour le plaisir de danser ou métier d’artiste :

 »J’existe, oui mais où Comment ? J’existe au travers du regard des autres.

C’est mon image, et c’est peut-être Moi. C’est Mon image et cependant je l’ai formatée, forgée, travaillée, modélisée, codifiée dans l’esthétique du spectacle.

C’est Moi, c’est mon image que je donne à voir.

Je me suis habillée de mouvements, habillée d’habileté, d’aisance, de performances, habillée de rareté, d’unique et incontournable exhibition.

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Pour mieux  »vendre », comme le diraient les spécialistes du management des « reality -show »

Souvenez-vous : le choc de l’image, le scandale ? ça fait des remous.

Jeux de séduction entre féminité, explosivité, regards, détails (sexy pour l’époque), capter l’attention masculine ! 

A la fin du19ème ce Cabaret est un univers parallèle, ni la rue ni les bourgeois, ni le milieu des nobles. C’est la fréquentation des romanciers, poètes, peintres qui témoignent le mieux du Paris de leur époque.

Pour autant, le cancan a un lien avec le galop danse à 2, en Autriche, Hongrie, un lien avec le Bal (quelques-uns des rues Maboeuf, rue du Bac, St Martin, parc Monceau, Bal Mabille, Salon de Flore, Tivali, Colisée…)

Avant gardiste du mouvement de libération féminine ?

Là où l’homme n’est plus au centre de l’action, ni même cavalier du Bal.

Ce qui nous a interpellé c’est que le Cancan, fait du chahut, fait du bruit, animé par un message social, scandale sur la piste de danse, tout d’abord par un soliste parmi les danseurs (on pourrait y déceler une amorce de la pratique du battle en Hip Hop, dans les espaces des quartiers noirs américains). Ce Hip hop qui met en dérision la figure de l’autorité, de la politique, de l’état, et chorégraphie en duel exhibé, rivalité et performance. La Danse Cancan brûle les planches. Elle va chercher le spectateur sur ses manquements à l’élégance, au savoir vivre et règles de bonne éducation.

Elle attise et sent le soufre.

 

Dans la bourgeoisie de cette fin 19ème, le Cancan s’attaque à l’ordre, à l’hypocrisie de l’homme, de la guerre, de l’armée, de la police, de la politique…de l’église !

Il y aura ce même goût d’une danse qui se moque dans les  »pointing, laughing des B boys poppeurs des années 70/80.

Ce rôle précurseur, audacieux en rupture avec les Usages de la gent féminine, c’est une façon d’oser transgresser. Avec la vulgarité et le franc parler de la femme de petite vertu, la femme de la rue, d’ouvrière, celle que personne ne nomme, personne ne voit.

Finalement ce sont elles les lingères, et autres mandigottes qui impriment l’esthétique canaille, bon enfant., pas encore codifiée du Cancan.

Et pourquoi ne pas sentir déjà une révolution dans les règles de politesse.

Paul Valery écrit : « la politesse c’est de l’indifférence organisée, le sourire, un système et les égards sont des prévisions’ ».

Alors les danseuses de Cancan dérangent les codes et il n’est pas rare de retrouver, immergés au plus près des danseuses, au risque de recevoir un coup de talon des princes de Galles, ou d’ailleurs !

On peut parler de moult invités de marque avec qui il n’y a plus de distance.

Beaucoup de bruit, de rires, de cris, quel chahut ! Festif !

EN SOULEVANT SES JUPES LA DANSEUSE DE CANCAN DÉCOUVRE PLUS QUE SES FESSES,

c’est l’attestation qu’il se passe beaucoup de choses dans les couches de la société.

Dans cette optique j’ai trouvé intéressant de rapprocher tableaux peints, écrits, des Degas, Renoir, Toulouse-Lautrec.  »Je veux faire vrai et non idéal » (Toulouse Lautrec).

Voilà, nous avons lancé nos bases de recherches, avec beaucoup d’humilité, rajouter ce tissage d’ambiances à notre mise en scène.

Retrouvons-nous en septembre pour présenter les Ateliers Cabaret mensuels et leurs participantes.

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Avec Laurence du collectif au Studio, nous continuerons à partager nos « trouvailles » autour de l’évolution de ce monde entre « paillettes » et reflets de son temps.

Nous créerons autour de ce thème un spectacle qui sera joué en début d’été 2017 (on vous réserve une première rencontre avec nos  »danseuses-actrices  »fin déc.)

Par extension plusieurs exemples dans les siècles et les peuples, groupes, ethnies, nous permettront d’apprécier le rôle de la danseuse, sa position, son statut, l’utilisation de la Danse média support.

C ‘est plus complexe qu’un simple spectacle (offert sur une scène, dans une cérémonie, lors d’un banquet, ou aux dieux…). A l’inverse dans un marathon concours où certains sont morts épuisés,  »sport spectacle ?  »reality show’‘ ? Voyeurisme ? C’est toutes les places de la Danse, sociologie oblige.

Sophie.