[News]Du costume de scène au vêtement

Du personnage à la personnalité révélée…

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L’habit ne fait-il pas le moine ? Le vêtement précède-t-il le comportement ou bien est-ce le comportement qui précède le vêtement ?

Le matin avons-nous envie de mettre plutôt une jupe, un pantalon, un chemisier, un T-shirt ? Dans quel but ? Pour se sentir mieux dans sa peau, pour révéler qui nous sommes, notre humeur du jour ou pour au contraire la cacher? Jouons-nous avec les apparences ?… Et sur scène, qu’est-ce qui oriente le choix du chorégraphe pour les costumes des danseurs : selon les mouvements à effectuer, le thème, la musique, quelle couleur, quelle forme ???

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Vaste sujet que celui de notre façon de nous vêtir.

Fabienne Fournier, thérapeute et interprète de rêves, nous révèle dans son livre « Donner un sens à sa vie, plein phare sur le bonheur » que les vêtements, dans le langage des rêves, vont être évocateurs de nos comportements : un pantalon, une manière masculine d’agir, une robe fluide, une manière féminine et sensuelle de se comporter…

Notre inconscient nous pousse-t-il à continuer ce schéma dans notre vie quotidienne? « En effet, le vêtement exprime de façon symbolique notre manière d’agir ,» nous répond Fabienne. « Dans un rêve, si je suis, par exemple, vêtue d’une jupe et d’un chemisier sur un chemin de randonnée, il est certain que le rêve est en train de m’interpeller sur mon comportement inadapté par rapport à une situation.

Dans cet exemple, il s’agit de vérifier dans quelle situation de ma vie, qui me demande d’être active, d’avancer dans le monde extérieur (symbolisée par le chemin de randonnée), j’adopte une manière d’être qui correspond plus à celle de la vie de bureau (symbolisée par la jupe et le chemisier).

Ce détail dans le rêve donne un éclairage sur le dysfonctionnement dans l’attitude du rêveur dans un domaine de sa vie. Cette manière paradoxale d’agir lui enlève de la crédibilité et de l’efficacité. Que ce soit dans un rêve ou dans la réalité le choix de nos vêtements révèle, inconsciemment, de nombreuses informations sur soi. Il est important de savoir quels messages on souhaite faire passer en choisissant judicieusement sa tenue, par exemple, lors d’un entretien d’embauche. Ce n’est pas une question de bien ou de mal, une robe de plage est faite pour la plage, des escarpins sont en adéquation avec un poste d’accueil, faites appel au bon sens.

Les religions ont compris depuis toujours l’importance et le pouvoir que peut receler un vêtement, c’est d’ailleurs un point sensible de l’actualité… »

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Comme un déguisement, on ne se cache pas derrière, bien au contraire : si on l’a choisi c’est qu’il est révélateur inconsciemment d’une partie de nous même, il dévoile notre créativité.

De même, le choix du costume de scène fait partie intégrante de la création de l’oeuvre chorégraphique.

Il réhausse la signification d’une danse, sublime le corps en mouvement : il peut s’agir d’un simple académique, qui, comme une seconde peau, colle à l’anatomie du danseur, ou bien un long voile qui ondule au gré des mouvements des bras, tel un objet transitionnel entre le danseur et l’espace avec lequel il joue en le transperçant de ses gestes.

En effet, comme la chorégraphe Jacqueline Robinson l’exprime très justement dans son livre « Eléments du langage chorégraphique », « L’espace est considéré non pas comme un vide autour de nous mais une entité palpable (…) l’espace m’épouse comme je me déploie en lui. » Le costume devient alors acompagnateur du mouvement, prolongation de la peau du danseur, il permet de jouer encore plus avec l’espace qui nous entoure.

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“Si on réfléchit sur le rôle du vêtement qui réchauffe, cache, embellit, suscite le fantasme, attire le regard ou sublime et enrichit, dans le monde du spectacle, les pistes de réflexions sont larges…” nous dit Sophie Caminade. “L’accessoire léger qui révèlera est plus “utile”, plus parlant qu’un amoncellement de costumes… Dans la lignée des Ballets Russes de Diaghilev, qui, les premiers, ont souscrit aux passerelles entre danseurs, mise en scène, et stylisme ou peintres, les exemples contemporains continuent à nous montrer l’heureuse rencontre entre l’art du couturier styliste et l’art du chorégraphe.

Dans ce cas, le vêtement est créé d’après le synopsis, le thème, “l’histoire”, les messages, l’ambiance que porte la Danse, au service comme au dialogue avec elle. On peut citer Jean-Paul Gaultier pour Chopinot, Christian Lacroix pour L’Opéra, Issey Miyake ou Thierry Mugler, Azzedine Alaïa… Avant de citer pour finir Chantal Thomas spécialisée dans la lingerie fine, qui passe à la direction artistique du Crazy. De là à souligner que la nudité est aussi un costume, on y arrive, non?”

 

Le vêtement joue pleinement dans le spectacle...” Continue Sophie. “Déjà pendant son ajustement, il fait l’objet d’un certain cérémonial au cours duquel s’opère la transformation, le passage sacré du quotidien vers l’installation d’un nouvel Etat d’être, comme pour le torero, ou l’étoile qui va mettre le masque du cygne noir.

Le temps d’habillement est lié à l’espace du “parvis” backstage avant de monter sur les planches, et cela dans tous les pays, à toute époque…”

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“le vêtement sort du quotidien pour aller coder un style de Danse.” Poursuit la chorégraphe. “Les gants noirs, les bas noirs, venus des ouvrières de la rue, apparaissent depuis indissociables des symboles et outils du Cabaret/ Music hall, comme le tutu romantique l’est devenu pour le ballet, en produit dérivé de la crinoline cachée, qui se montre très raccourcie… Et très très raccourcie pour le tutu plateau.”

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“L’art du costume du danseur est là pour mettre en évidence le mouvement. Le collant léopard du trapéziste, de l’acrobate, comme du danseur, met en avant la liberté de la ligne fuselée des jambes. A l’opposé, Loïe Fuller avec ses ailes d’Isis, sculpte l’ombre et la lumière dans ses drapés. Des drapés placés si près du corps pour Isadora Duncan, par exemple, qu’ils répondent aux mouvements par leur propre mouvement plissé, déplissé… Alwin Nikolais joue à déformer le danseur dans sa corporalité avec des tissus extensibles, comme avec ses montages. Martha Graham, avec ses longues robes, ajoute de l’amplitude et du spectacle au spectacle des jeux de jambes des danseuses. En ce sens, le jupe de raphia des vahinés polynésiennes ou le fourreau fendu jusqu’à la hanche de la tangueriste argentine font le spectacle à eux seuls.

Pour conclure, le vêtement rajoute de la vie à la danse, et le mouvement fait vivre le vêtement!”

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Le costume de scène est donc révélateur, sublimateur, exhausteur du mouvement, de la musique, du thème, de l’émotion du danseur…, il fait partie d’une alchimie créatrice. A la fin de la bande-annonce du film très attendu « La danseuse » (sortie le 28 septembre 2016, réal : Stéphanie Di Giusto), le personnage joué par l’actrice Soko, la danseuse Loïe Fuller, ne dit-elle pas : « sans ma robe, je ne suis rien ? »

De même, le vêtement ne peut remplacer, effacer, masquer un état intérieur, il ne peut que le révéler sinon il y aura une trop grande dichotomie traduite par le monde extérieur par les expressions : « ça ne lui va pas », « ce n’est pas son style. »

Et vous ? que portez-vous aujourd’hui ? Quelle émotion cela traduit chez vous ou quelle émotion a suscité le choix de votre habillement ?

Je finirais par une citation d’Yves Saint Laurent: « le plus beau vêtement qui puisse habiller une femme, ce sont les bras de l’homme qu’elle aime… »

A méditer…

Charlotte Pillon.